Au Saguenay, on est nés dans le bleuet. Fait que ça, c’est la recette que tout le monde achète en petit sac de boutique, mais que presque personne fait lui-même. Pis c’est ridicule, parce que ça prend deux ingrédients, vingt minutes, pis une marche dans le bois.
Chez nous, ça se fait sur la cuisinière au propane. Oui, une cuisinière. Une Samsung, avec du wifi dessus. Off-grid, ça veut dire pas branché sur Hydro. Ça veut pas dire vivre dans une caverne.
Le chocolat, c’est du Toblerone. Pas parce que c’est le meilleur chocolat de trempage au monde, mais parce que c’est ça qui traînait dans le garde-manger depuis Noël. Pis il se trouve que le nougat aux amandes fond pas au complet, ça laisse des petits grains croquants dans l’enrobage. Honnêtement, ça donne meilleur qu’un chocolat lisse. Un accident heureux.
Les ingrédients
Deux ingrédients. C’est tout. Le tableau te donne trois formats selon la quantité de chocolat que t’as sous la main.
| Petit lot | Format moyen | Gros lot | |
|---|---|---|---|
| Toblerone | 100 g (1 barre) | 300 g (3 barres) | 500 g (5 barres) |
| Bleuets sauvages | 60 à 75 g | 180 à 225 g | 300 à 375 g |
| Ça donne environ | 15 à 20 bouchées | 45 à 60 bouchées | 75 à 100 bouchées |
Le ratio testé sur le terrain: 60 à 75 g de bleuets maximum par 100 g de chocolat. Pas plus. Les bleuets sauvages sont petits, fait qu’à poids égal t’as beaucoup de surface à couvrir, pis le nougat du Toblerone prend de la place dans le chocolat fondu. Dépasse le ratio pis tu vas manquer de chocolat à mi-chemin, avec un bol de bleuets tout nus qui te regardent.
Des bleuets FRAIS, jamais congelés. Les bleuets congelés font durcir le chocolat instantanément au contact, pis en dégelant ils relâchent leur eau. Résultat: des chocolats détrempés. Frais, fermes, point.
Ajuste ça à ton goût
C’est une recette à deux ingrédients. Ça se manque pas, pis ça se personnalise en masse.
T’es un fou du chocolat? Mets-en plus. Reste en bas du ratio (mettons 50 g de bleuets pour 100 g de chocolat) pis tes bleuets vont être enrobés épais, quasiment des truffes.
Tu préfères les bleuets? Lâche-toi lousse mon chum, monte vers le haut du ratio pis fais des grappes: trois ou quatre bleuets collés ensemble dans une goutte de chocolat. Plus de fruit, moins d’enrobage, pis c’est aussi bon.
Un autre chocolat? N’importe quel chocolat au lait ou noir fait la job. Un chocolat avec des morceaux dedans (nougat, amandes, noisettes) donne la texture croquante. Un chocolat noir 70% donne moins sucré. Un chocolat blanc, c’est plus capricieux à fondre, mais c’est beau en maudit.
La seule affaire qui se négocie pas, c’est le ratio pour couvrir tes bleuets comme il faut. Le reste, c’est chez vous, c’est ta batch, fais-toi plaisir.
Le matériel
Un petit chaudron d’eau, un bol qui rentre par-dessus sans toucher l’eau (verre ou métal), une fourchette ou une brochette de bois, du papier parchemin, pis une plaque ou une assiette pour déposer.
C’est tout. Y’a pas de gadget à acheter.
La méthode
1. Cueillir
Pas au IGA, dans le bois. Des bleuets sauvages, petits, sucrés, ceux qui goûtent le Lac. Ça prend vingt minutes pour un pot pis t’en manges la moitié en chemin. C’est la loi, y’a rien à faire contre ça.
Choisis les plus fermes. Un bleuet mou va se défaire quand tu vas le tremper pis il va laisser du jus dans ton chocolat. Ça, c’est le début des problèmes.
2. Laver et SÉCHER
Lave-les à l’eau froide, égoutte-les, pis étends-les en une seule couche sur un linge propre ou du papier essuie-tout. Roule-les doucement dans le linge pour enlever le gros de l’eau, pis laisse-les sécher à l’air. Une heure minimum.
Le truc de pro: lave-les la veille. Cueillette le soir, lavage, séchage sur le comptoir toute la nuit, chocolat le lendemain. Là t’es certain à cent pour cent.
Ils doivent être secs. Sec-sec. C’est LE truc que personne dit, pis c’est la raison numéro un pour laquelle le monde rate cette recette-là. Une seule goutte d’eau qui tombe dans du chocolat fondu, pis il fige d’un coup en pâte granuleuse. On appelle ça « saisir », pis c’est pas beau à voir.
3. Fondre le chocolat
Mets deux pouces d’eau dans ton petit chaudron pis porte à frémissement. Pas à gros bouillon, juste des petites bulles paresseuses. Baisse le feu au minimum.
Dépose ton bol par-dessus. Le fond du bol doit pas toucher l’eau. C’est la vapeur qui chauffe, pas l’eau. C’est ça un bain-marie.
Casse ton Toblerone en triangles pis mets-les dans le bol. Brasse doucement avec une cuillère sèche (sèche!). Quand c’est presque tout fondu, arrête de chauffer pis continue juste de brasser: la chaleur du bol va finir la job sans risque de brûler. Le nougat va rester en petits grains, c’est normal, c’est même ce qu’on veut.
Jamais directement sur le rond. Le chocolat brûle à une température ridiculement basse. Direct sur la flamme, il grippe, il devient granuleux, pis il goûte le brûlé. Le bain-marie, c’est pas une coquetterie de chef, c’est la seule façon de pas le scrapper.
Pas de couvercle. La vapeur qui condense sous le couvercle retombe dans le chocolat. Retour au problème de la goutte d’eau.
4. Tremper
Éteins le feu mais laisse le bol sur le chaudron, l’eau chaude va garder le chocolat liquide le temps qu’il faut.
Prends tes bleuets un, deux ou plusieurs (5 à 10) à la fois. Tu peux les échapper dans le chocolat pis les ressortir avec fourchette en laissant l’excédent couler. Dépose sur le papier parchemin, en les espaçant un peu.
Va vite mais pas trop. Si le chocolat commence à épaissir, rallume le feu au minimum trente secondes.
5. Laisser prendre
Laisse-les tranquilles sur le parchemin. À température de la maison, ça prend dix à quinze minutes.
Pressé d’y goûter? Le frigo fait la job. Quinze à trente minutes au frigo pis c’est pris solide. L’humidité du frigo peut faire blanchir légèrement la surface du chocolat à la longue, mais pour une dégustation le soir même, aucun problème.
Le congélateur, par contre, JAMAIS. Le bleuet gèle, pis quand il dégèle, il ressort mou pis plein d’eau en dessous de sa coquille de chocolat. Tu te ramasses avec une bouchée détrempée. Le congélateur, c’est le meilleur moyen de scrapper une batch parfaite.
Une fois pris, ils se décollent du parchemin tout seuls.
Conservation
Contenant hermétique, au frigo, deux ou trois jours maximum. Après ça, le bleuet commence à ramollir en dessous du chocolat pis la texture se perd.
Honnêtement? Ils se rendent rarement au jour deux.
Les variantes qui marchent
Le sel. Une pincée de sel de mer ou de fleur de sel sur le dessus avant que ça prenne. Le sucré-salé avec le bleuet, c’est dangereux tellement c’est bon.
Les grappes. Trois ou quatre bleuets échappés ensemble dans le chocolat, ressortis à la cuillère en un seul paquet. Plus rustique, plus de fruit par bouchée.
Le double trempage. Une fois la première couche prise, retrempe pour une coquille plus épaisse. Pour les vrais fous du chocolat.
Garnitures. Noix hachées, noix de coco râpée ou pistaches concassées saupoudrées avant que le chocolat prenne. Ça colle tout seul.
Les trucs qui sauvent une batch
Sèche tes bleuets. Vraiment. Je le répète parce que c’est ça qui rate.
Cuillère sèche, bol sec, mains sèches. Tout ce qui touche au chocolat doit être sec. Essuie ton bol avant de commencer même s’il a l’air propre.
Si ton chocolat saisit quand même, ajoute une cuillère à thé d’huile végétale neutre (ou d’huile de coco) pis brasse fort. Des fois ça le sauve, des fois non. C’est un patch, pas un miracle.
Petites quantités. Le chocolat, c’est cochon. Une barre de 100 g, c’est en masse pour deux personnes un soir. Fais-en pas cent bouchées d’un coup à moins d’avoir de la visite.
Ce que ça coûte
Un Toblerone de 100 g pis une marche dans le bois. C’est tout.
En boutique, la même affaire se vend cher en petit sachet. Ici, ça te coûte le temps de cueillir, pis franchement, cueillir des bleuets dans le bois un soir d’août, c’est pas une corvée. C’est la meilleure partie.
Bleuet sauvage du Saguenay, chocolat suisse, cuisinière wifi dans le bois. Trois affaires qui ont aucun rapport ensemble. Pis ça marche.
OFFGRID.QC